# Pilule Jasminelle avis : avantages et inconvénients

La contraception hormonale combinée représente aujourd’hui l’une des méthodes les plus utilisées par les femmes en âge de procréer. Parmi les différentes formulations disponibles sur le marché, Jasminelle se distingue par sa composition particulière associant éthinylestradiol et drospirénone, un progestatif de quatrième génération. Avec plus de 150 millions d’utilisatrices de contraceptifs oraux combinés dans le monde, le choix d’une pilule adaptée demeure une décision importante qui nécessite une compréhension approfondie de ses mécanismes d’action, de son efficacité réelle et de son profil de sécurité. Cette formulation minidosée, commercialisée depuis les années 2000, suscite à la fois l’intérêt des professionnels de santé pour ses propriétés anti-androgéniques et des interrogations légitimes concernant son rapport bénéfice-risque, notamment au regard des données épidémiologiques sur les accidents thromboemboliques veineux.

Composition pharmaceutique et mécanisme d’action de jasminelle

Jasminelle se présente sous forme de comprimés pelliculés roses contenant une combinaison hormonale précisément dosée. Chaque comprimé renferme 0,02 mg d’éthinylestradiol, un œstrogène de synthèse, et 3 mg de drospirénone, un progestatif dérivé de la spironolactone. Cette association place Jasminelle dans la catégorie des contraceptifs oraux minidosés, avec une concentration en éthinylestradiol inférieure à 50 µg par comprimé. La formulation galénique comprend également des excipients comme le lactose monohydraté (48,18 mg par comprimé), ce qui constitue une information importante pour les femmes présentant une intolérance au galactose ou un déficit en lactase.

Éthinylestradiol et drospirénone : dosage hormonal combiné

L’éthinylestradiol, présent à raison de 20 microgrammes, constitue l’œstrogène de référence dans la quasi-totalité des contraceptifs oraux combinés modernes. Sa biodisponibilité orale avoisine 60% en raison d’un effet de premier passage hépatique significatif. La drospirénone, quant à elle, se distingue des autres progestatifs par sa structure moléculaire proche de la spironolactone, lui conférant des propriétés anti-minéralocorticoïdes et anti-androgéniques uniques. Sa biodisponibilité varie entre 76% et 85%, avec un pic de concentration sérique atteint environ une à deux heures après l’ingestion. Le volume apparent de distribution de la drospirénone s’établit à 3,7 litres par kilogramme, tandis que sa demi-vie d’élimination terminale est d’approximativement 31 heures, permettant une prise quotidienne unique.

Action antigonadotrope sur l’axe hypothalamo-hypophysaire

Le mécanisme contraceptif principal de Jasminelle repose sur l’inhibition de la sécrétion des gonadotrophines hypophysaires. L’administration quotidienne d’éthinylestradiol et de drospirénone exerce un rétrocontrôle négatif sur l’hypothalamus et l’hypophyse antérieure, supprimant ainsi la libération pulsatile de la GnRH (Gonadotropin Releasing Hormone) et consécutivement celle de la FSH (hormone folliculo-stimulante) et de la LH (hormone lutéinisante). Cette suppression hormonale empêche la maturation folliculaire ovarienne et bloque le pic ovulatoire de LH, rendant l

ovulation hautement improbable. En pratique, cette action antigonadotrope place l’organisme dans un état hormonal « pseudo‑gestationnel » : le cerveau perçoit en permanence des taux d’œstrogènes et de progestatif suffisants et cesse de déclencher le cycle naturel. C’est ce verrouillage central qui explique l’efficacité élevée de Jasminelle lorsqu’elle est prise sans oubli, à heure relativement fixe, sur un schéma continu de 21 jours sur 28.

Effet antiandrogénique de la drospirénone sur les récepteurs cutanés

Au‑delà de son rôle contraceptif, la drospirénone se comporte comme un antagoniste des récepteurs androgéniques au niveau cutané. Concrètement, elle entre en compétition avec la testostérone et la dihydrotestostérone sur les glandes sébacées, ce qui réduit la production de sébum et limite la formation de comédons et de lésions inflammatoires. Cet effet antiandrogénique explique en partie pourquoi certains prescripteurs orientent les femmes présentant une acné légère à modérée ou une peau très grasse vers une pilule contenant de la drospirénone plutôt qu’un progestatif plus androgénique.

Comparée à des pilules de deuxième génération à base de lévonorgestrel, Jasminelle est souvent mieux tolérée sur le plan dermatologique, même si cette amélioration n’est ni systématique ni garantie. Il ne faut pas oublier que l’acné est multifactorielle (génétique, alimentation, stress, microbiote cutané) et que la pilule ne traite qu’un pan hormonal de la problématique. Néanmoins, chez de nombreuses utilisatrices, l’association éthinylestradiol + drospirénone se traduit par une diminution visible des poussées inflammatoires, en particulier au niveau du bas du visage, du dos et du décolleté.

Modification de la glaire cervicale et de l’endomètre

En complément du blocage de l’ovulation, Jasminelle agit sur deux autres niveaux clés de la fertilité : le col de l’utérus et l’endomètre. Sous l’effet de la drospirénone, la glaire cervicale devient plus visqueuse, plus pauvre en eau et moins perméable aux spermatozoïdes. Cette « barrière physico‑chimique » rend leur progression difficile depuis le vagin vers la cavité utérine, même si un rapport sexuel a lieu en période théoriquement fertile.

Parallèlement, l’endomètre reste fin et peu prolifératif, en contraste avec le cycle naturel où la muqueuse s’épaissit en prévision d’une éventuelle nidation. En cas de fécondation accidentelle, ce lit endométrial non préparé est moins favorable à l’implantation d’un embryon. On comprend alors que l’efficacité contraceptive de Jasminelle repose sur un triple verrou : inhibition de l’ovulation, obstruction fonctionnelle du col et « hostilité » de l’endomètre à la nidation.

Efficacité contraceptive et indice de pearl de jasminelle

Taux de grossesses non désirées en utilisation parfaite versus typique

D’après les données issues des essais cliniques, l’indice de Pearl de Jasminelle pour l’échec de la méthode (c’est‑à‑dire sans aucun oubli ni interaction) est de 0,11 grossesse pour 100 femmes‑années, avec une borne supérieure de l’intervalle de confiance à 0,60. En incluant les erreurs d’utilisation (oublis, décalages de prise, vomissements non compensés), l’indice de Pearl global monte à 0,31. En langage courant, cela signifie que moins d’une femme sur 300 exposées un an dans des conditions contrôlées tombe enceinte sous Jasminelle.

Dans la vraie vie, les chiffres sont un peu moins favorables, comme pour toutes les pilules. Les études de cohorte en conditions réelles estiment qu’en « utilisation typique » de contraceptifs oraux combinés, 7 à 9 grossesses pour 100 femmes peuvent survenir au bout de 12 mois. Pourquoi une telle différence avec l’essai clinique ? Principalement à cause des oublis répétés, des plages horaires très variables et d’une méconnaissance de la conduite à tenir lors des troubles digestifs ou des interactions médicamenteuses. Autrement dit, l’efficacité intrinsèque de Jasminelle est excellente, mais elle reste conditionnée à l’observance.

Facteurs impactant l’efficacité : interactions médicamenteuses et vomissements

Plusieurs facteurs peuvent réduire l’efficacité contraceptive de Jasminelle, même si la pilule est globalement très fiable. En première ligne, on retrouve les médicaments inducteurs enzymatiques (rifampicine, certains antiépileptiques comme la carbamazépine ou la phénytoïne, antituberculeux, certains antirétroviraux, préparations à base de millepertuis). En augmentant la clairance hépatique des hormones, ils abaissent leurs concentrations plasmatiques et diminuent la marge de sécurité contraceptive. Dans ces situations, l’utilisation concomitante d’une méthode barrière (préservatif) et parfois le recours à une autre contraception non hormonale sont recommandés.

Les troubles gastro‑intestinaux sévères constituent un autre point critique. Des vomissements survenant dans les 3 à 4 heures suivant la prise ou une diarrhée importante peuvent empêcher l’absorption complète du comprimé. La règle pratique à retenir est simple : si vous vomissez dans les 4 heures, il faut reprendre un comprimé dès que possible, idéalement dans les 12 heures suivant l’heure habituelle. Au‑delà, on applique les mêmes consignes que pour un oubli de pilule, avec parfois la nécessité de recourir à une contraception d’urgence en cas de rapport à risque.

Comparaison avec d’autres contraceptifs oraux combinés modernes

Sur le plan de l’efficacité pure, Jasminelle ne fait pas mieux ni moins bien que la plupart des autres pilules œstroprogestatives modernes : lorsque l’on compare les indices de Pearl des différentes associations, les variations sont minimes. La vraie différence se situe davantage sur le plan du profil de tolérance et du risque thromboembolique. Les pilules dites de deuxième génération, à base de lévonorgestrel, sont aujourd’hui considérées comme la référence en termes de sécurité veineuse, avec un risque de phlébite estimé à 5–7 cas pour 10 000 femmes‑années.

Avec la drospirénone, Jasminelle se situe dans la catégorie des pilules de quatrième génération. Les études épidémiologiques montrent que le risque de thrombose veineuse profonde et d’embolie pulmonaire est environ 1,5 à 2 fois plus élevé que sous lévonorgestrel, soit 9 à 12 cas pour 10 000 utilisatrices par an. Cela reste inférieur au risque observé pendant la grossesse ou le post‑partum, mais ce différentiel explique les recommandations actuelles des autorités sanitaires : privilégier en première intention les pilules de première ou deuxième génération, et réserver la drospirénone aux femmes ne tolérant pas ces alternatives ou ayant un besoin particulier (acné, rétention d’eau, SPM marqué).

Effets thérapeutiques dermatologiques et syndrome prémenstruel

Réduction de l’acné inflammatoire et de la séborrhée faciale

Pour de nombreuses utilisatrices, l’un des principaux atouts de Jasminelle réside dans son impact sur la peau. Grâce à l’effet antiandrogénique de la drospirénone et à la stabilisation hormonale induite par l’éthinylestradiol, on observe souvent une diminution de la séborrhée faciale et du cuir chevelu au bout de quelques cycles. Les lésions inflammatoires (papules, pustules) liées à l’acné hormonale, notamment localisées sur le bas du visage et la mâchoire, ont tendance à se raréfier et à cicatriser plus rapidement.

Bien sûr, Jasminelle n’est pas un « traitement dermatologique miracle » et ne remplace pas une prise en charge globale comprenant soins locaux adaptés, hygiène de vie et éventuellement autres traitements prescrits par le dermatologue. Toutefois, pour les femmes chez qui l’acné est clairement corrélée aux variations hormonales du cycle (poussées avant les règles, aggravation en cas de SPM marqué), le passage à une pilule à base de drospirénone peut constituer un outil thérapeutique complémentaire, à condition de bien évaluer au préalable les facteurs de risque vasculaire.

Amélioration du syndrome prémenstruel et troubles dysphoriques

Le syndrome prémenstruel (SPM) associe douleurs mammaires, ballonnements, irritabilité, labilité émotionnelle, parfois véritables troubles dysphoriques prémenstruels (TDPM) avec anxiété et tristesse intenses. En lissant les fluctuations hormonales physiologiques, Jasminelle peut réduire l’amplitude de ces symptômes chez certaines patientes. De nombreuses femmes rapportent une diminution des tensions mammaires, une meilleure stabilité de l’humeur et une réduction des crises de larmes ou de colère prémenstruelles sous ce type de pilule.

Cela dit, l’effet sur le SPM reste très individuel. Certaines utilisatrices observent au contraire l’apparition ou l’aggravation de troubles de l’humeur sous contraception hormonale, ce qui rappelle l’importance d’un suivi clinique attentif les premiers mois. En cas d’antécédents de dépression majeure ou de TDPM sévère, il est particulièrement utile de discuter avec son médecin des différentes options contraceptives, voire d’envisager des approches non hormonales si les symptômes psychiques se majorent.

Régulation des cycles menstruels irréguliers et hyperménorrhée

Comme tous les contraceptifs oraux combinés, Jasminelle induit un cycle artificiel de 28 jours avec une hémorragie de privation programmée pendant la semaine d’arrêt. Pour les femmes souffrant de cycles naturellement très irréguliers, de spottings imprévisibles ou de règles très abondantes (hyperménorrhée), cette « mise en ordre » peut être vécue comme un soulagement majeur. Les pertes sanguines diminuent en général en volume et en durée, ce qui réduit le risque de carence martiale et d’anémie ferriprive.

Cette régularisation a toutefois un revers : elle masque le fonctionnement spontané du cycle ovarien. Si l’on souhaite évaluer ultérieurement une infertilité, un syndrome des ovaires polykystiques ou d’autres troubles endocriniens, il faudra parfois attendre plusieurs mois après l’arrêt de Jasminelle pour observer le profil hormonal naturel. C’est un élément à garder en tête, notamment chez les jeunes femmes qui commencent la pilule très tôt pour « régulariser » leurs règles alors que l’axe hypothalamo‑hypophysaire n’a pas encore atteint sa maturité complète.

Propriété anti-rétention hydrique liée à la drospirénone

La drospirénone est un dérivé de la spironolactone, molécule bien connue pour ses propriétés diurétiques et antagonistes de l’aldostérone. À faible dose dans Jasminelle, elle exerce une activité anti‑minéralocorticoïde modérée, susceptible de contrebalancer la rétention d’eau provoquée par l’éthinylestradiol chez certaines femmes. Concrètement, cela peut se traduire par une moindre prise de poids liée à l’eau, une sensation de jambes un peu moins lourdes en fin de journée et une diminution des gonflements prémenstruels (œdèmes des doigts, ballonnements).

Cet effet reste cependant subtil et ne doit pas être surestimé : Jasminelle n’est pas un « draineur » ni un médicament amaigrissant. Il peut néanmoins offrir un profil de tolérance intéressant pour les femmes qui, sous d’autres pilules, se plaignaient de prise de poids rapide en début de traitement, principalement par rétention hydrosodée. Inversement, chez des patientes à risque d’hyperkaliémie ou d’insuffisance rénale, cette même propriété justifie des précautions spécifiques que nous détaillons plus loin.

Effets indésirables et risques thromboemboliques documentés

Thrombose veineuse profonde et embolie pulmonaire : données épidémiologiques

L’un des points les plus sensibles lorsqu’on parle des « pilules Jasminelle avis » concerne le risque de caillots sanguins. Toutes les pilules combinées augmentent le risque de thrombose veineuse profonde (TVP) et d’embolie pulmonaire (EP) par rapport à l’absence de contraception hormonale. Pour une femme en bonne santé qui ne prend pas la pilule, le risque annuel de TEV est d’environ 2 cas pour 10 000. Sous contraceptif combiné de deuxième génération à base de lévonorgestrel, il passe à 5–7/10 000, alors que sous drospirénone (Jasminelle, Jasmine, Yaz…), les études le situent autour de 9–12/10 000.

Ce risque reste, rappelons‑le, plus faible que celui encouru pendant la grossesse ou le post‑partum immédiat, mais il n’est pas négligeable, surtout chez les femmes présentant déjà des facteurs de risque intrinsèques (obésité, immobilisation prolongée, antécédents familiaux de phlébite). C’est la raison pour laquelle la Haute Autorité de Santé recommande désormais de privilégier les pilules de première ou deuxième génération en première intention, et de réserver les associations à base de drospirénone aux situations particulières après information éclairée de la patiente.

Risque cardiovasculaire chez les femmes fumeuses de plus de 35 ans

Le tabagisme actif, en particulier au‑delà de 35 ans, est un facteur de risque majeur d’accidents cardiovasculaires sous pilule œstroprogestative. La combinaison œstrogènes de synthèse + cigarette agit comme un véritable « cocktail » pro‑thrombotique et pro‑athérogène, augmentant significativement la probabilité d’infarctus du myocarde et d’accident vasculaire cérébral. Dans cette tranche d’âge, les sociétés savantes déconseillent clairement l’usage de contraceptifs combinés chez les fumeuses, et Jasminelle ne fait pas exception.

Si vous fumez régulièrement et avez plus de 35 ans, il est fortement recommandé de discuter avec votre médecin de méthodes alternatives : pilule micro‑progestative seule, dispositif intra‑utérin (cuivre ou hormonal), implant, voire méthodes non hormonales selon votre profil. La règle pratique est simple : soit on arrête de fumer pour continuer une pilule combinée en sécurité relative, soit on privilégie une contraception sans œstrogène. Rester dans une zone grise avec tabac + drospirénone + éthinylestradiol expose à un niveau de risque que l’on peut aujourd’hui difficilement justifier.

Effets secondaires courants : céphalées, mastodynies et spotting

En dehors des événements graves heureusement rares, Jasminelle est associée à une série d’effets indésirables fréquents mais le plus souvent bénins. Parmi eux, les céphalées (maux de tête) arrivent en tête des motifs de consultation les premiers mois, parfois accompagnées de migraines chez des patientes prédisposées. Des douleurs mammaires (mastodynies), une tension des seins et une légère augmentation de leur volume sont également rapportées, surtout en début de traitement.

Les spottings (petites pertes brunâtres) ou saignements intermenstruels sont courants durant les trois premiers cycles, le temps que l’endomètre s’adapte au nouveau climat hormonal. Ils sont généralement sans gravité mais peuvent être gênants au quotidien. Si ces saignements persistent au‑delà de trois à six mois, ou s’ils apparaissent secondairement après une période d’équilibre, il est conseillé de consulter afin d’écarter une cause organique (polype, infection, oubli répété) et de discuter éventuellement d’un changement de pilule.

Modifications de l’humeur et impact sur la libido

Les modifications de l’humeur font partie des effets indésirables de plus en plus discutés par les utilisatrices. Sous Jasminelle, comme sous d’autres contraceptifs oraux combinés, certaines femmes décrivent une tendance à la tristesse, une irritabilité accrue, une fatigue inhabituelle ou encore une diminution de la libido. À l’inverse, d’autres rapportent une amélioration nette de leur bien‑être psychique grâce à la disparition de SPM sévères ou d’angoisses liées à la peur d’une grossesse non prévue. On voit bien ici à quel point la réponse est individuelle.

Du point de vue des données cliniques, la notice de Jasminelle mentionne la dépression, la nervosité, les troubles du sommeil et la baisse du désir sexuel comme effets peu fréquents. Il est donc essentiel d’écouter vos ressentis : si, dans les semaines qui suivent l’initiation de la pilule, vous notez une altération marquée de votre moral ou de votre vie sexuelle, parlez‑en rapidement à votre médecin. Un changement de formulation (vers une autre pilule ou vers une méthode non hormonale) peut parfois suffire à restaurer un meilleur équilibre.

Contre-indications absolues et surveillance médicale nécessaire

Antécédents thromboemboliques et thrombophilie héréditaire

Certaines situations rendent l’utilisation de Jasminelle formellement contre‑indiquée. C’est le cas chez les femmes ayant déjà présenté un épisode de thrombose veineuse profonde, d’embolie pulmonaire, d’infarctus du myocarde ou d’AVC, quel qu’en soit le contexte. De même, la présence d’une thrombophilie héréditaire documentée (mutation du facteur V Leiden, déficit en protéine C, protéine S ou antithrombine III, hyperhomocystéinémie sévère, anticorps antiphospholipides) expose à un surrisque tel que la prescription de pilule combinée n’est plus envisageable.

En cas d’antécédents familiaux de premier degré (parent, frère ou sœur) ayant présenté un accident thromboembolique avant 50 ans, un bilan de thrombophilie peut être proposé avant de décider d’une contraception hormonale combinée. Là encore, l’enjeu est de pondérer le bénéfice contraceptif de Jasminelle par rapport au risque vasculaire individuel, plutôt que d’appliquer une règle générale identique à toutes.

Hyperkaliémie et insuffisance rénale : précautions spécifiques

Spécificité de la drospirénone par rapport à d’autres progestatifs : son activité anti‑minéralocorticoïde peut théoriquement favoriser une élévation du potassium sanguin (hyperkaliémie), surtout en cas de terrain fragile. Jasminelle est donc contre‑indiquée chez les femmes présentant une insuffisance rénale sévère ou aiguë, une atteinte hépatique importante ou une insuffisance surrénalienne. Chez les patientes ayant une fonction rénale limite et recevant en parallèle des médicaments épargneurs de potassium (spironolactone, IEC, ARAII, diurétiques épargneurs potassiques), un dosage de la kaliémie est recommandé au cours du premier cycle.

En pratique, la majorité des femmes jeunes en bonne santé ne sont pas concernées par ce risque. Mais si vous prenez déjà un traitement pour l’hypertension, l’insuffisance cardiaque ou une maladie rénale, il est indispensable de le signaler à votre médecin avant de débuter Jasminelle. Une autre pilule, dépourvue d’effet anti‑minéralocorticoïde, ou une méthode non hormonale sera souvent privilégiée dans ce contexte.

Migraines avec aura et facteurs de risque vasculaires

Les migraines avec aura (troubles visuels transitoires, fourmillements, difficultés d’élocution précédant le mal de tête) constituent un terrain à très haut risque de complications artérielles sous pilule combinée. L’association éthinylestradiol + migraine avec aura a été clairement reliée à une augmentation du risque d’AVC ischémique, même chez des femmes jeunes sans autre facteur de risque. De ce fait, Jasminelle est contre‑indiquée chez toutes les patientes présentant des migraines avec signes neurologiques focaux, actuels ou anciens.

Plus globalement, la coexistence de plusieurs facteurs de risque vasculaire (hypertension artérielle sévère, diabète avec atteinte vasculaire, dyslipidémie majeure, tabagisme, obésité) doit conduire à une grande prudence. Chez ces femmes, les recommandations actuelles orientent plutôt vers des méthodes progestatives seules ou non hormonales, afin de ne pas majorer un terrain déjà fragilisé.

Protocole d’utilisation et gestion des oublis de pilule

Schéma 21/7 et période de fenêtre thérapeutique

Jasminelle se prend selon un schéma classique dit « 21/7 ». On avale un comprimé par jour pendant 21 jours consécutifs, de préférence à heure fixe, puis on observe une pause de 7 jours sans comprimé. C’est durant cette fenêtre thérapeutique qu’apparaît l’hémorragie de privation, généralement entre le deuxième et le quatrième jour après le dernier comprimé actif. La nouvelle plaquette doit impérativement être débutée le huitième jour, même si les saignements ne sont pas complètement terminés.

Cette organisation vise à maintenir une inhibition continue de l’axe hypothalamo‑hypophysaire. La règle d’or à retenir est que l’intervalle sans hormone ne doit jamais dépasser 7 jours. Une reprise tardive (par exemple débuter la plaquette avec 2 ou 3 jours de retard) suffit à relancer la maturation folliculaire et à faire courir un risque de grossesse en cas de rapport non protégé dans la foulée. À l’inverse, démarrer une nouvelle plaquette un ou deux jours plus tôt ne pose aucun problème médical et permet même de décaler légèrement la date des règles.

Conduite à tenir selon le délai d’oubli et la semaine du cycle

La gestion des oublis avec Jasminelle repose sur deux paramètres : le délai écoulé depuis l’heure habituelle de prise et la semaine du cycle concernée. Si le retard est inférieur à 12 heures, l’efficacité contraceptive est maintenue : prenez le comprimé oublié dès que possible puis le suivant à l’heure habituelle, même si cela conduit à prendre deux comprimés le même jour. Aucune précaution supplémentaire n’est nécessaire.

Au‑delà de 12 heures de retard, la conduite à tenir varie :

  • Semaine 1 : prenez le comprimé oublié immédiatement, poursuivez la plaquette normalement et utilisez un préservatif pendant les 7 jours suivants. Si un rapport non protégé a eu lieu dans les 7 jours précédant l’oubli, une grossesse est possible ; une contraception d’urgence et un test de grossesse ultérieur peuvent être discutés.
  • Semaine 2 : prenez le comprimé oublié dès constatation, continuez normalement. Si les 7 comprimés qui précédaient ont été pris sans oubli, aucune protection supplémentaire n’est nécessaire. En cas d’oublis multiples, un préservatif est recommandé pendant 7 jours.

En semaine 3, le risque est maximal car l’oubli se situe à proximité de la pause de 7 jours. Deux options sont possibles : soit vous prenez le comprimé oublié, terminez la plaquette puis enchaînez directement avec la suivante sans intervalle libre (les règles surviendront à la fin de cette seconde plaquette, avec parfois des spottings intercurrents) ; soit vous arrêtez la plaquette le jour de l’oubli, comptez immédiatement une pause de 7 jours (en incluant le jour d’oubli) puis commencez une nouvelle plaquette. Dans les deux cas, la couverture contraceptive est maintenue à condition de respecter ces consignes.

Contraception d’urgence et tests de grossesse recommandés

Malgré toutes les précautions, il arrive que plusieurs comprimés soient oubliés ou que les règles ne surviennent pas à la pause. Quand envisager une contraception d’urgence après un oubli de Jasminelle ? Globalement, si un rapport sexuel non protégé a eu lieu dans les 5 jours précédant un oubli de plus de 12 heures en semaine 1, ou dans les jours qui suivent cet oubli sans méthode barrière complémentaire, il est prudent de recourir à la pilule du lendemain (lévonorgestrel) ou du surlendemain (ulipristal), en tenant compte des éventuelles interactions avec la contraception en cours.

Un test de grossesse urinaire est recommandé si l’hémorragie de privation n’apparaît pas à l’issue de la semaine d’arrêt après un ou plusieurs oublis, ou en cas de symptômes évocateurs (nausées inhabituelles, tension mammaire marquée, fatigue importante). Si deux cycles consécutifs se déroulent sans saignement pendant la pause alors que la pilule a été mal prise, il faut impérativement écarter une grossesse avant de reprendre une nouvelle plaquette. Là encore, l’échange avec le médecin ou la sage‑femme permet d’ajuster la conduite à tenir et, si nécessaire, de réévaluer l’adéquation de Jasminelle à votre profil.